Babouillec : l’auteure qui nous donne des nouvelles du cosmos

auteure autiste

Aujourd’hui, le thème n’est pas l’écologie, mais plutôt quelque chose comme l’éthique sociale. Beaucoup d’entre nous se considèrent ouvert·es d’esprit et pourtant n’auraient jamais imaginé ce qui suit dans cet article (ce qui a été notre cas).

Beaucoup d’entre nous, quand ils voient un enfant en difficulté scolaire, peuvent se dire qu’il a une intelligence inadaptée au système scolaire.

Beaucoup d’entre nous, quand ils voient un clochard déguenillé, peuvent se dire que cet homme a peut-être fait de son mieux « dans la vie » mais qu’un chagrin atroce l’a mené au fond de la rue.

Beaucoup d’entre nous conçoivent que des personnes qualifiées d’autiste asperger, bien que socialement en difficulté, peuvent avoir des capacités intellectuelles sur-développées.

Jusque-là facile…

Mais combien d’entre nous, en voyant une personne autiste à la démarche claudicante, se baver dessus, pousser des cris stridents, rire soudainement au éclat et se mordre la main quand elle ne va pas bien, ne sont pas bouleversés dans leurs schémas sociaux… Combien, au contraire, savent voir que cette personne possède peut-être une clarté d’esprit qui dépasse largement notre propre intelligence ? Qu’il y a peut-être dans ce corps à demi-connecté, un être qui, sans être capable de tenir un stylo dans la main, comprend les mathématiques les plus complexes, la physique quantique et la philosophie sans même les avoir étudiées ?

Notre mental est tellement habitué à traiter les informations extérieures en fonction de ce qu’il connaît, de ce que lui a appris socialement, qu’il préfère parfois s’aveugler devant certaines réalités tant elles ne collent pas avec les croyances communes.

Bref, finis les devinettes, on vous partage une auteure qui nous a chamboulés.


Babouillec : une auteure hors normes

« J’appartiens à une espèce en voie d’apparition, dépourvue du sens social sécuritaire, bannissant les codes interrompant les accès aux mystères de la vie. Une espèce fantaisiste où règne un désordre tonitruant. Équipée de codes indéfinissables brouillant les radars des formats en tout genre, j’appartiens à cette espèce étrange qui ne rentre nulle part, qui ouvre la passerelle des impossibles en torturant les repères sociaux. J’observe sans relâche les codes d’appartenance et je défie les pièges à la pensée. » Babouillec, Algorithme éponyme

Et si nous vous disions que l’autrice de ce texte n’a jamais lu un livre et n’a pas appris à écrire. Hélène Nicolas, alias Babouillec n’est pas allée à l’école, elle a encore moins fait d’étude. Elle n’a d’ailleurs pas encore trouvé le chemin de la parole. Pourtant, grâce à sa mère, elle a trouvé un moyen de s’exprimer : une boite avec des petits carrés découpés sur lesquels sont inscrites les lettres de l’alphabet…

Cette auteure pas comme les autres, vient exploser nos conceptions et nos croyances. Elle nous laisse face à l’inexplicable. On se retourne le cerveau quelques fois. Comment cette personne qualifiée d’Autiste peut-elle écrire des textes d’une telle densité métaphysique avec un style littéraire si unique sans avoir appris ni à lire et ni à écrire ? Nous nous heurtons à un mystère, à notre ignorance des mécaniques du monde qui nous entoure, et plus précisément de celle du cerveau et de l’esprit.

Ce qui est honteux dans tout cela, c’est de constater que le plus perturbant n’est pas le mystère qu’elle puisse écrire des textes comme cela sans avoir étudiée quoi que ce soit. Ce qui est un exploit totalement inexpliqué par la science. Le plus déroutant, c’est de constater que nos limites sociales, nos croyances et notre habitude du jugé par l’apparence font que l’on a du mal à faire coller les textes d’un esprit si brillant avec son enveloppe charnelle d’Autiste.


Les textes de Babouillec

Quand on accepte de ne pas trouver d’explications. Quand on laisse de côté l’aspect bluffant, et le côté spectaculaire. Alors on peut commencer à vraiment lire les textes d’Hélène Nicolas. Et là, on s’aperçoit que la claque monumentale que l’on venait de recevoir, n’était en fait qu’un préambule.

Nous nous sommes penchés sur deux des livres de Babouillec : Voyage au centre d’un cerveau d’autiste et Algorithme Eponyme. Par où commencer ?

Les lignes sont tellement denses… De la poésie ? En quelque sorte, mais marquées au fer rouge de réflexions philosophiques des plus concrètes. Pas de blabla. Pas de magouille pour emmener le lecteur ici ou là. Qu’un partage brut de réflexions philosophico-poétiques de la plus haute intensité.

De quoi nourrir les cerveaux les plus affamés pour des années. De quoi remettre en service ceux qui s’étaient juré de ne plus lire de livre pour aller puiser directement dans les enseignements de la nature.

Voyage au centre d’un cerveau d’autiste

Les textes de Babouillec ressemblent à une information brute venue d’ailleurs, colorée du regard poétique, rieur et parfois sombre de son auteure.


Babouillec le film : Dernières nouvelles du cosmos

Pas étonnant que le film documentaire sur Babouillec réalisé par Julie Bertucceli ait été baptisé : Dernières nouvelles du Cosmos. Le titre en dit long et n’a rien d’exagéré. Ce film sur Babouillec apporte un autre point de vue. Un angle pris de l’extérieur, la vision de ces proches, de sa mère qui a joué un grand rôle dans son cheminement vers l’expression. Attendrissant, remuant, le film nous aide un peu plus à comprendre cette auteure et son histoire. On ne vous en dit pas plus…

Nous vous encourageons à visionner le film documentaire, et si votre intérêt dépasse la curiosité, à vous intéresser à son œuvre. Vous le trouverez disponible en DVD sur le lien ci-dessous ou il est également possible de le louer sur Arte.

Accéder au DVD


De l’autisme au génie

Si nous avions une chose à retenir et à souligner, elle serait la suivante : avant d’être connu comme une auteure remarquable, Babouillec était totalement non communicante pendant une vingtaine d’année. C’est sa mère, armée de finesse, de pédagogie et d’une volonté de fer, qui a permis à sa fille Hélène de la motiver à se rapprocher un peu de notre monde en trouvant un moyen d’expression.

La conclusion est simple : combien y a-t-il de génie qui sommeil dans des autistes considérés comme débiles, enfantins ou légumes ?

Qu’auraient-ils à nous partager si nous les écoutions plutôt que de les garder à l’écart dans le silence ?

« Je suis touchée très en profondeur d’être intimement entendue. Merci pour vos retours très encourageants pour moi. A travers le film de Julie Bertuccelli un portrait de l’auteure est mis en valeur. On lit entre les lignes mes difficultés à vous ressembler et surtout mon manque d’envie d’appartenir à ce monde de l’ordre mental.
Naitre avec des neurones survoltés ça arrive, se débrancher de la connexion de l’humain dans les cases ça arrive aussi, être en phase de branchement différent c’est mon cas. Dans ce système de l’hyper connexion j’écris avec des lettres en carton et je m’hyper connecte avec le toit céleste, les antennes de l’univers.
Nous sommes des êtres puérils. Nous jouons à faire semblant d’être branchés sur l’information inventée par nous-même et nous ignorons comment reproduire une cellule vivante , notre code identitaire.
Je suis contente d’être restée coincée dans l’œuf de la conception où se joue l’apocalyptique résonance avec le grand tout. Ne soyons pas égarés, l’invisible big bang habite nos cerveaux et nos corps. Restons attentifs à la lumière des êtres accrochés à la lanterne du monde qui se balance entre la terre et le ciel.
GOOD TRIP… »

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